11 minutes et 35 secondes.
La première minute d'apnée est la plus critique de toutes. Avant de mettre la tête sous l'eau, j'emmagasine de l'air à la manière d'une carpe. Faite pour six litres, ma cage thoracique stocke alors 11 litres. Grâce à ma souplesse, mes côtes font un grand écart permettant d'augmenter cette capacité.
Je limite mon débit sanguin et baisse mon rythme cardiaque de 60 à 20 pulsations minute. A ce seuil, un être normal risque la crise cardiaque.
Pour fonctionner, le cerveau mange 20% de notre air. J'évite donc de le faire travailler, de lui donner des infos à traiter. Je le débranche pour faire des économies. De la deuxième à la cinquième minute, grâce à l'autohypnose, je pique du nez comme devant ma télévision. Je plonge alors dans le noir, dans une plénitude à la limite de sortir de mon corps.
A partir de la cinquième minute, je dois sortir de mon sommeil sans relever brusquement la tête dans un réflexe de vouloir respirer et sans boire la tasse. En douceur, je me réveille pour partir au combat, lutter contre l'envie de plus en plus oppressante de respirer.
Entre la sixième et la septième, la douleur de la privation d'air m'est même presque agréable parce qu'elle prouve que je peux repousser mes limites. A partir de la huitième, la détresse en oxygène se ressent des orteils à la racine des cheveux. Je m'applique à stabiliser cette détresse voire à la positiver en me disant que je suis toujours en vie. Conscient, juste un oeil à demi ouvert parfois sur ma montre, je suis spectateur de mon combat.
A la dernière minute, lorsque les lèvres bleuissent, que le visage blanchit, mon coeur est en mode "veille". Toutes les trois secondes, il bat lentement. Entraîné, mon corps semble s'être fait une raison de cette détresse. Il s'adapte. A la surface, mon entraîneur veille et me rappelle sur terre.
Faut pas l'emmener faire un coup de plonge... tu dois vraiment te sentir ridicule !!
